Photo d’ouverture : coucher de soleil sur la mer depuis la corniche de Marseille, dans le quartier d’Endoume, et non sur la Côte Bleue.
L’Estaque, le village des peintres
L’Estaque, dans le 16e arrondissement de Marseille, a attiré de 1860 à 1920 une dizaine de peintres de renom. Cézanne y explore à partir de 1870 les formes, les lignes et les couleurs ; Braque y séjourne dès l’automne 1906 et y peint en 1908, dans le quartier des Riaux, Maisons à L’Estaque, tenue pour une œuvre fondatrice du cubisme. Ils en sont les deux grandes figures ; Derain, Dufy, Marquet, Friesz, Macke, Renoir, Guigou et Monticelli y ont aussi travaillé, et la plupart y ont peint des dizaines de toiles.
L’office de tourisme de Marseille associe le nom de L’Estaque à l’impressionnisme, au fauvisme et au cubisme. Ce qui retenait les peintres : un point de vue sur la baie de Marseille, la mer à l’horizontale, les cheminées d’usine à la verticale, les collines en courbes et leurs ocres.
Un chemin des peintres suit leurs pas, jalonné de huit panneaux en lave émaillée ; la promenade demande environ deux heures. L’Estaque est aussi un point de départ pour la voile et la plaisance, et l’été, un bateau la relie au Vieux-Port. Sur le port, on goûte les panisses et les chichis frégis, deux spécialités du quartier.
On y vient pour la lumière, et l’on comprend vite : le matin, la rade s’y ouvre comme un tableau.
Une côte de petits ports, de Niolon à Carro
La Côte Bleue commence au nord de Marseille, après L’Estaque, et s’achève à Martigues. Elle traverse Le Rove, Ensuès-la-Redonne, Carry-le-Rouet et Sausset-les-Pins, jusqu’à La Couronne et Carro.
Ses calanques sont à une échelle plus intime que celles du sud. Niolon, sur la commune du Rove, est abritée du vent, ce qui en fait un lieu apprécié pour la plongée, avec une vue dégagée sur la rade de Marseille et les îles du Frioul ; au large, des épaves anciennes attirent les plongeurs. Quelques restaurants s’y tiennent, dont une auberge à la grande terrasse panoramique. Méjean et La Redonne appartiennent à Ensuès-la-Redonne ; La Redonne a son petit port, par lequel passe la route de Méjean.
Le Petit Méjean a un port très pittoresque et une plage bordée de pins et de rochers ; une table ouverte en saison y sert surtout du poisson, dont une friture réputée. À Méjean, des vestiges archéologiques témoignent aussi d’une présence humaine préhistorique.
Marcel Pagnol et Robert Guédiguian ont choisi cette côte pour y tourner.
Un parc marin né en 1983
Le parc marin de la Côte Bleue veille sur 43 kilomètres de côtes, de l’anse des Laurons à l’ouest à la pointe de Corbières à l’est, et sur la mer jusqu’à 6 milles au large. Il intervient devant cinq communes : Martigues, Sausset-les-Pins, Carry-le-Rouet, Ensuès-la-Redonne et Le Rove.
Son histoire commence en 1983, avec la création de l’association Parc régional marin de la Côte Bleue, devenue syndicat mixte en 2000. Depuis 1985, des récifs artificiels de production et de protection sont immergés le long de la côte, et le parc a obtenu en 2012 le label d’aire spécialement protégée d’importance méditerranéenne. Depuis 2009, il anime aussi le site Natura 2000 Côte Bleue Marine, exclusivement marin, qui s’étend sur près de 19 000 hectares, jusqu’à 6 milles au large et 100 mètres de profondeur.
Deux zones marines y sont intégralement protégées. Devant Carry-le-Rouet, 85 hectares, entre le port de Carry et l’anse du Rouet, protégés depuis décembre 1982 ; au Cap-Couronne, 210 hectares créés en 1996, à la demande des pêcheurs professionnels de Martigues.
Dans ces réserves, toute pêche est interdite, comme la plongée en scaphandre autonome, le mouillage des navires et la navigation de tout engin à moteur thermique ou électrique. On les longe donc au large, en regardant. Tout le long de la côte, les herbiers de posidonie, protégés, forment de véritables prairies sous-marines.
Le train de la Côte Bleue et le sentier des douaniers
La ligne ferroviaire Marseille-Miramas suit la côte au plus près. Construite entre 1907 et 1915 par l’ingénieur Paul Séjourné, elle enchaîne viaducs, tunnels et falaises à pic.
Plusieurs calanques ont leur gare : à Niolon, les randonneurs descendent du train pour prendre le sentier.
Le sentier des douaniers, balisé GR 51, relie les calanques entre elles, et plusieurs gares de la ligne permettent de le rejoindre. De Niolon à Ensuès-la-Redonne, l’office de tourisme compte environ trois heures de marche, avec quelques passages difficiles, et au moins un litre et demi d’eau par personne.
En hiver, la côte a ses rites : les dimanches de février, les oursinades de Carry-le-Rouet et de Sausset-les-Pins réunissent le public autour des oursins.
Y aller en voiture : ce qui change l’été
L’été, c’est la route qui devient difficile. À Niolon, l’accès des véhicules à moteur est réglementé pendant la saison estivale, et le stationnement est difficile et limité ; l’office de tourisme conseille de se renseigner auprès de la mairie du Rove.
Pour Méjean, on passe par le port de La Redonne, puis par une route d’un kilomètre et demi qui longe la voie ferrée. Le parking du fond de la calanque est minuscule, et d’avril à septembre, l’accès des véhicules à moteur y est restreint de 9 h à 19 h.
Du 1er juin au 30 septembre, l’accès aux massifs forestiers des Bouches-du-Rhône dépend aussi du risque incendie, publié vers 18 h pour le lendemain. L’office de tourisme recommande de vérifier chaque jour, l’été, l’accessibilité des sentiers.
Hors saison, les routes se font plus calmes, et la côte se découvre autrement, dans une lumière d’hiver plus douce. L’été, un chauffeur prend tout son sens : il vous dépose au plus près, repart sans chercher de place, et revient à l’heure convenue, pendant que la journée se passe au bord de l’eau.
Une journée sur la Côte Bleue
Une journée possible : le matin, le chemin des peintres à L’Estaque ; à midi, un déjeuner de poisson au Petit Méjean, quand la table est ouverte ; l’après-midi, la calanque de Niolon, ou une sortie en mer le long de la côte. Le soir, la lumière descend sur la rade de Marseille.
Pour les amateurs de peinture, L’Estaque peut occuper toute une matinée : le chemin des peintres, puis une halte sur le port, face à la rade, avec quelques panisses, avant de longer la côte vers l’ouest. Pour les marcheurs, le train permet de partir d’une calanque et de revenir d’une autre, pendant que le chauffeur attend au point convenu.
Rien n’oblige à tout voir. Deux étapes suffisent pour sentir le caractère de cette côte, plus rude et plus discrète que celle du sud, et pour comprendre pourquoi les peintres y revenaient.
Pour une journée à votre rythme sur la Côte Bleue, avec un chauffeur à disposition : Mise à disposition



